Savoir chercher de l’aide – Réseau M

20 décembre 2010 - Extrait du Magazine Le Mentor

Certains entrepreneurs apprennent vite les rudiments de chef d’entreprise, parce qu’ils apprennent sur le tas. Mais c’est indéniable : il faut un certain niveau de préparation pour réussir en affaires.

Le meilleur moyen d’y arriver est de s’entourer de gens d’expérience, avec qui l’on échange souvent. Comme un mentor.

Quel est le rôle de celui-ci ? Pierre-Paul Gingras, un mentor d’expérience de la cellule de mentorat de la Chambre de commerce Haute-Yamaska et région, répond : « L’entrepreneur est comme un automobiliste qui voit son entreprise au travers du pare-brise de son véhicule. Le rôle du mentor : agrandir son champ de vision en l’accompagnant dans ses réflexions. »

Au début, l’exercice peut sembler déroutant pour le mentoré, qui est souvent centré sur des besoins ou des crises immédiates ou imminentes. « Un mentoré peut, par exemple, me demander comment augmenter ses ventes. Je vais plutôt faire dévier la discussion sur la façon dont il perçoit son entreprise ou sa façon de la diriger. Il va finir par prendre conscience de ce qu’il voit et, surtout, de ce qu’il ne voit pas. Il va trouver les vraies questions
et réponses. »

« Au bout de quelques rencontres, notre mentoré qui voulait augmenter ses ventes va peut-être s’apercevoir de faiblesses organisationnelles, dit-il. Il va comprendre que le rôle de chacun n’est pas clair au sein de son entreprise. Tout compte fait, il va s’améliorer lui-même tout en corrigeant des lacunes qui, ultimement, auront un impact sur les ventes. »

La force de l’expérience
« C’est rigolo. Au début, beaucoup de mentorés voient en leur mentor un consultant gratuit, ou presque. Ils ne cherchent pas de l’aide pour réfléchir. Mais si le mentor joue bien son rôle, le mentoré se réjouira de simplement échanger avec son mentor, même si ce n’est pas ce qu’il cherchait à l’origine », ajoute Pierre-Paul Gingras.

Parce que l’échange, au sein d’une dyade, permet de clarifier des choses que l’entrepreneur, qu’il soit jeune ou vieux, en début de carrière ou à un carrefour, doit clarifier par lui-même. « Le mentoré commence avec un sac plein de morceaux de casse-tête, poursuit M. Gingras. L’échange avec un mentor permet de mettre les morceaux en place. Et c’est le mentoré qui le fera par lui-même.

« Si les échanges se déroulent bien, le mentoré prendra de l’assurance, dit-il. Parce qu’il réalise qu’il a l’écoute d’une personne d’expérience, et que ses projets ne sont pas si farfelus que ça.
Une discussion avec un mentor permet souvent de confirmer les intuitions du mentoré. Ou de réfléchir à des aspects auxquels il n’avait pas pensé. »

Des priorités
La question du financement touche dès le départ les entrepreneurs qui démarrent des entreprises. Mais quand on passe du statut de travailleur autonome à celui d’entrepreneur, d’autres aspects de la vie d’une PME viennent souvent frapper de plein fouet son fondateur.

La gestion du personnel, les ventes, les finances, le recrutement, le service aux clients : « Ça n’a jamais de fin. Tu règles un problème, un autre fait immédiatement surface. La journée ne se termine jamais à 17h. C’est bon d’en parler avec quelqu’un qui est passé par là », ajoute Pierre-Paul Gingras.

« J’ai une mentorée qui est tombée enceinte la semaine où elle a signé pour lancer son entreprise, dit-il. Elle m’a confié qu’elle ne pourrait pas avoir un autre bébé avant longtemps, parce que c’est trop dur ! Pourtant, son cheminement est exemplaire. Elle est dédiée, organisée. C’est une gagnante ! Un autre de mes mentorés m’a expliqué qu’il a dû embaucher quelqu’un parce qu’il avait besoin de personnes ressources compétentes. Mais son candidat n’a pas livré la marchandise. Pourtant, il enseigne à l’université dans ce domaine ! »

L’entrepreneur est confronté à une constante thérapie de la réalité. Il en discute avec son mentor, la plupart du temps à partir de questions spécifiques ou des besoins précis. « Selon moi, le rôle du mentor, à la différence du coach, c’est d’aider le mentoré à mieux se comprendre soi-même face à ces enjeux. Pas de trouver une solution immédiate. Comme mentor, ça exige de se convaincre qu’en suscitant cette réflexion, on aide davantage notre mentoré que si on lui montrait la marche à suivre », explique Pierre-Paul Gingras.

Voilà une démarche qu’invariablement tous les mentors trouvent difficile. Ils ont souvent la réponse. Mais ils doivent se retenir de la donner à leur mentoré. Même si leur conseil a du sens. Car si la réponse vient du mentoré, celui-ci prendra encore plus d’assurance.

Source :
Le Mentor, le magazine du Réseau M
Le Réseau de mentorat pour entrepreneurs de la Fondation de l’entrepreneurship
volume 3, numéro 4
Quatrième trimestre 2010

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